Visite (La) - Le Musée d’art moderne

Un film de Lætitia Carton

 2015  France  Documentaire  24 mn  Couleur  Mode de production : Cinéma

Producteur :
SaNoSi productions (2 route du Parc, 28130 Maintenon, Tél : 02 37 99 52 35, @ : contact@sanosi-productions.com)
Distributeur :
Images de la culture (CNC) (291 boulevard Raspail, 75014 Paris, Tél : 01 44 34 34 40, Fax : 01 44 34 37 25, @ : idc@cnc.fr)

C’est l’histoire d’une rencontre.

Celle de Julie avec l’art moderne.

Celle de Julie et moi.

« J’ai toujours aimé côtoyer les personnes qui ont un mode d’être au monde différent du mien. Peut-être parce que, juste après ma naissance, pendant quelques heures, mes parents et le corps médical se sont demandés si je n’étais pas trisomique, avec mes yeux bridés et mes doigts palmés. Une expérience du regard de l’autre, de quelques heures, quelques jours, qui a peut-être laissé des traces… La différence ne me fait pas peur.

Je n’ai jamais été mal à l’aise face à l’étrangeté, aussi parce que j’ai grandi à ses côtés. Je suis née dans une famille « Huntington ». Une maladie neuro-dégénérative qui frappe fort, et tôt. Qu’on appelait Danse de Saint Guy au Moyen-âge. On brûlait les malades sur la place publique, les considérant comme possédés par le diable. Aujourd’hui, je connais bien les regards méfiants, mal à l’aise, apitoyés, interrogatifs, ou insistants, des personnes qui nous croisent quand je me promène aux côtés de ma mère.

En effet, elle ne correspond pas à la norme. Elle ne « nous » ressemble pas. Comme de nombreuses personnes qui vivent sur terre, parmi nous, les valides, les « normo-homo sapiens sapiens », elle est un peu différente. Son regard est fixe, ou ailleurs. Sa marche est hésitante, titubante. Son phrasé difficile, bizarre. Sa posture étrange, et sûrement dérangeante pour beaucoup de monde. Moi j’ai l’habitude. Et toutes ces questions que pose la différence m’intéressent. J’en ai déjà fait un film, La Pieuvre, avec toute ma famille.

Je viens de terminer un long-métrage sur la communauté sourde, J’avancerai vers toi avec les yeux d’un Sourd. Ce film essaie de donner la parole aux Sourds et de montrer qu’ils sont juste des personnes comme les autres. Banalement comme les autres.

Quand Jean-Marie Gigon m’a proposé de participer à La Visite, j’ai accepté sur le champ. L’idée de donner à voir et entendre la parole d’une personne née avec une trisomie 21 m’a enchanté.

Et puis j’ai rencontré Julie. Un sourire immense dans un petit bout de femme.

De la joie pure. Elle tape dans ses mains d’exaltation quand elle est heureuse. Elle est très coquette, porte toujours beaucoup de bijoux.

Le regard que l’on pose sur elle lui importe. Elle est gourmande. Très douce et câline. M’a fait visiter le foyer Perce-Neige où elle passe ses journées, en me tenant par la main. S’est abandonnée dans mes bras dans le bus qui la ramenait chez elle. Une espèce de confiance absolue. Elle pose toujours beaucoup de questions. « On fait quoi Laetitia ? », « On va où Laetitia ? » Et beaucoup d’interpellations : « Tu veux quoi Laetitia ? » Elle donne peu de réponses aux miennes. Des « oui » heureux, des « non » timides et puis viennent de vraies réponses, franches et belles.

Je n’imaginais pas forcément être à l’écran dans ce film, mais elle m’y a attiré irrésistiblement puisqu’elle a un grand besoin de contact physique, de toucher. Une soif de câlins. Inextinguible.

L’art pour l’art n’a pas l’air de trop l’intéresser. Sa relation avec moi oui. Des découvertes, des explorations qu’on peut faire à deux. Le tournage a pris parfois des allures de jeu. Nous avons fait cette expérience du temps ensemble, côte à côte. De la discussion. Du silence. Juste son corps dans cet espace.

J’ai aimé ses silences. Son corps dans ces grands espaces nus, rythmés par les œuvres. J’ai aimé son regard. Son enthousiasme devant le Grand Verre de Duchamp. Sa manière d’être au monde. Cette chanson qu’elle connaît par cœur entonnée devant un Niki de Saint Phalle. Sa danse si émouvante et son cri d’amour à sa mère devant les Matisse. Sa sidération devant la démesurée Fée électricité de Raoul Dufy.

Ses endormissements intempestifs, qui suivait des trop-pleins d’émotions. Ses cris de joie non contenus. Ses déclarations d’amour, ses besoins insatiables de caresses. L’intensité de ses rapports avec moi et toute l’équipe.

Comme une leçon. Comme on nous apprendrait à aimer sans condition. »

Laetitia Carton.

SaNoSi

La Visite est une collection de courts métrages où dix auteurs réalisateurs proposent chacun une rencontre avec des personnes en situation de handicap mental découvrant un établissement emblématique de la culture française.

Pour découvrir ce film

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