Elles

Un film de Ahmed Lallem

 1966  Algérie  Documentaire  22 min  Noir & Blanc

Le tournage a commencé au lycée de filles Ourida Meddad à El Harrach, dans la banlieue d’Alger au printemps 1966.

Coopérante, j’y enseignais le français en seconde et première et m’y occupais du ciné-club.

Nous discutions beaucoup avec mes élèves de la condition des femmes en Algérie et de leurs rêves. Elles avaient écrit de nombreux textes percutants sur ces thèmes. Un responsable des ciné-clubs les transmit à Ahmed Lallem que je rencontrais alors. La directrice du lycée l’autorisa à conduire une quarantaine d’entretiens préparatoires au magnétophone avec des lycéennes, puis à filmer avec son équipe un débat en classe où les adolescentes parlèrent de leur vie et de leurs aspirations. Il filma aussi des cours d’arabe, dispensés par des enseignants égyptiens dans une optique religieuse très traditionaliste. Beaucoup d’élèves venaient de Kabylie, parlaient peu l’arabe et rejetaient le contenu de cet enseignement.

Le tournage s’est poursuivi dans deux lycées du centre d’Alger, avec des élèves de terminales de milieux plus favorisés et des enseignants. Je n’en connais que les images du film.

Le montage, très construit et très nerveux, a retenu peu de longues interventions ; il agence minutieusement des fragments de paroles qui se répondent ou s’opposent. Les lycéennes (aucune n’est nommée) disent leur frustration de ne pas sortir, de ne pas être comprises de leurs parents et leur refus du mariage arrangé. Elles clament leur volonté de vivre. L’une rêve de métiers accessibles aux femmes seulement en URSS, l’autre plus modestement de donner à ses enfants ce qui lui a manqué. Quelques-unes théorisent davantage sur « les devoirs de la jeune fille algérienne » ou sur « la période transitoire qu’elles vivent, synthèse entre deux mondes qui s’affrontent » ; l’une d’elles proclame que « seule une transformation radicale pourrait faire de la femme l’égale de l’homme en Algérie ».

Comme un leitmotiv revient l’image du grillage qui enclôt le lycée Ourida Meddad : à l’intérieur, les jeunes filles rêvent d’envol ; à l’extérieur, les garçons, libres, regardent à travers le grillage. Les prises de parole des lycéennes alternent avec des images de foules dans les rues d’Alger, foules de femmes affairées en haïks blancs, foules d’hommes seuls à la terrasse des cafés. En voix off, une enseignante algérienne, grave et posée, déplore que dans cette société, jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes, souffrent de la non mixité.

Produit par le Centre national du cinéma (algérien), terminé en 1967, le film fut montré à la Cinémathèque d’Alger et ne fut pas diffusé en Algérie. Il a été programmé en France dans quelques festivals (à la Villette à Paris, à Marseille et à Montpellier notamment.)

Monique Martineau

Le film dans la base

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Projeté dans le festival :

Pour aller plus loin

Film programmé dans le cadre de la 7ème édition de la Décade Cinéma et Société : El Djazaïr ! France-Algérie, du colonialisme à aujourd’hui