Marseillaise (La)

Un film de Jean Renoir

 1938  France  Fiction  135 mn  Noir & Blanc  Mode de production : Cinéma  VF

 Scénario : Jean Renoir, Carl Kosch, Noémie Martel - Dreyfus  Musique : Joseph Kosma  Image : Alain Douarinou, Jean Bourgoin, Jean-Paul Alphen, Jean-Marie Maillols  Son : Joseph de Bretagne  Montage : Marguerite Renoir

 Distribution : Edmond Ardisson, Louis Jouvet, Lise Delamare, Pierre Renoir

Distributeur :
Tamasa Distribution (5 rue de Charonne, 75011 Paris, Tél : 01 43 59 01 01, Fax : 01 43 59 64 41)
 Éditeur :
Studio Canal (1, Place du spectacle, 92130 Issy-les Moulineaux, téléphone : 01 71 35 35 35)

Noémie Martel Dreyfus signala à Jean Renoir l’existence d’un livre consacré au bataillon des marseillais de 1792, qui « montant » à Paris, créèrent « La Marseillaise » . C’est ce livre qui donna à Jean Renoir l’envie de réaliser le film. Dans ce film se croise l’histoire collective, de l’évocation de la prise de la Bastille qui surprend Louis XVI à son lever à l’émigration des nobles vers Coblenz, puis l’histoire individuelle de trois français, réunis par hasard dans le maquis provençal (un douanier, un maçon, un paysan) qui font le serment de lutter ensemble pour l’abolition des privilèges.

C’est le chant « La marseillaise » qui constitue la trame narrative du film : en effet, il faudra attendre 50 minutes, avant d’entendre les paroles de ce qui deviendra l’hymne national. C’est la force de ce film de faire de ce chant le symbole de la lutte pour la liberté qui se construit peu à peu.

A l’inverse d’une bande son classique qui accompagne les dialogues d’un film, ce chant devient, en se transformant peu à peu, le lien qui rassemble les fédérés, et qui exprime ce qui s’invente en 1789.

L’arrivée à Paris, le passage obligé par la place de la Bastille et la fête des fédérés verra l’apothéose du triomphe de « La Marseillaise » reprise par tous.

Pour réaliser ce grand film qui nécessitait une production coûteuse, car nombreux étaient les figurants, les plans de foule, les décors variés, le handicap financier paru être levé grâce à une souscription qui allait être organisée par les animateurs de Ciné-Liberté : pour couvrir la somme de 3 millions de francs, prévue originellement, des billets en forme d’assignats, d’une valeur de 2frs allaient être émis ; ils étaient remboursables sur le prix d’une entrée. Ils allaient être diffusés par les syndicats qui subventionneraient directement la production du film. Les tracts de la souscription qui représentaient un farouche sans culotte avec son bonnet phrygien étaient libellés de la façon suivante « Souscrivez. En avant pour que le peuple de France ait son film sur la révolution française de 1789 …En avant pour la première expérience d’un film par le peuple et pour le peuple ».

Film programmé aux rencontres Autour du 1er mai 2006 sur le Front Populaire

Un grand meeting lançait la campagne le 12 mars 1937. En août 350 000 billets avaient été vendus, un mois plus tard Aragon évoquait le nombre de 700 000.C’était trop peu, malgré une tentative de créer une coopérative pour monter le film, il fut finalement produit d’une façon classique.

Il fut tourné du 23 août au 6 décembre 1937, la foule fut en partie joué par des figurants bénévoles de la CGT qui venaient tourner pendant leurs congés, en fin de semaine.

Renoir en réalisant ce film voulait faire revivre l’esprit du Front populaire, et à travers le passé parler du présent et de la force de l’action collective. C’est le défilé du 14 juillet 1935, qui avait constitué l’acte de naissance du Front populaire, sans doute, pendant les nombreuses projections du films qui ponctuent l’année 1938, la Marseillaise fera t-elle revivre les derniers élans des ce qui avait fait la force du front populaire : le désir de changer la société, ensemble.

Critique

« Le grand miracle de Jean Renoir, c’est d’avoir fait, malgré les costumes, malgré le décor, malgré le thème, de La Marseillaise un film si actuel, si brûlant, si humain, qu’on est pris, emporté, entraîné pendant plus de deux heures comme si c’était notre propre vie qui se débattait là sous nos yeux. Et, de fait, c’est notre propre vie.

L’art de Jean Renoir, est ici ce dont il faudrait avant tout parler. Il rejoint la grande tradition de la peinture française des frères Le Nain et Gustave Courbet. Je me suis souvenu d’une route de Normandie dans Mme Bovary, d’un paysage de la Foret Noire dans La Grande Illusion, quand dans un champ labouré piètent les pigeons qui dévorent les graines d’un paysan have et mal rasé. C’est ce réalisme lumineux des choses telles qu’elles sont qui fait qu’arrivant au cinéma sans savoir ce qu’on y joue, on reconnaîtra toujours, après deux images, que le film qui passe est de Jean Renoir. Art fait de mesure et d’émotion. Art plus sensible que jamais où un humour bien particulier sauve à chaque instant de l’excès des simplifications ces pages de l’existence quotidienne d’un peuple. Il y aurait une longue étude à faire de l’humour de Renoir dans tous ses films : les figures des Marseillais, le peintre patriote qui a quitté les sujets à bergères pour les tableaux tirés de l’histoire gréco-romaine, le sympathique Bomier qui incarne le rouspéteur de chez nous, celui qui ne veut pour rien au monde traverser entre les clous mais qui a toutes les qualités du cœur et du courage, la scène où Bomier va avec une jeune parisienne qu’il n’ose embrasser au cinéma d’alors… le théâtre de silhouettes, tiendraient certes la première place dans une étude pareille.

Il faudrait, l’humour aidant, parler particulièrement de cette scène irrésistible où un instructeur montre aux volontaires républicains le maniement en douze temps du fusil à tringle. Irrésistible comme Charlot. Et le curieux est qu’en même temps que je riais, je sentais que c’était là une scène capitale et chargée de sens, et je pensais au grand livre que vient d’écrire André Malraux, L’Espoir, dont le thème essentiel est la naissance du nouvel ordre, de la discipline républicaine, de l’armée de la liberté qui se forme et s’éduque…Le héros de La Marseillaise, c’est le peuple de France.

…Il faut parler aussi de ce qui est la pierre de touche du succès, de l’image extraordinaire de vérité, d’humanité, de vraisemblance du roi Louis XVI qui risquait tant d’être le point d’achoppement du film, et qui, grâce au grand acteur qu’est Pierre Renoir, donne au film sa forme convaincante, son dynamisme humain.

La scène prodigieuse où la famille royale, au matin du 10 août, pressée par le syndic Roederer (et c’est Jouvet, qui a fait là d’un personnage épisodique une création magistrale) de se mettre sous la protection de l’Assemblée, quitte les Tuileries, c’est peut-être le plus haut point de l’art cinématographique contemporain.

Je me fais l’effet de parler à des aveugles, car vous n’avez pas vu La Marseillaise, vous autres. Mais vous allez la voir. »

Aragon, Ce Soir – 10 février 1938

Film programmé lors des rencontres « Autour du 1er mai » 2006 sur le Front Populaire

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