Ceux de chez nous

Un film de Sacha Guitry

 1915;1952  France  Documentaire  22 mn en 1915, première sonorisation en 1939, et la version finale remaniée de 1952 dure 44 minutes  Noir & Blanc  Mode de production : Cinéma  VF

 Scénario : Sacha Guitry

Distributeur :
Direction du patrimoine du CNC (7 bis, rue Alexandre Turpault, 78390 Bois d’Arcy, tél : 01 30 14 80 10, fax : 01 30 14 80 86, mail : webmaster@cnc.fr)

Il s’agit d’un documentaire réalisé entre 1914 et 1915. Sacha Guitry, déjà connu comme auteur dramatique, en réaction aux propos des intellectuels allemands et à l’atmosphère trouble des premières années de la guerre, décide d’utiliser une caméra amateur pour « graver en images » , pour les générations futures, les grandes personnalités qui contribuent au rayonnement de la France. Initialement, le document original muet de 22 minutes, projeté en diverses occasions, était commenté par Guitry et son épouse Charlotte Lysès. En 1939 Guitry ajouta une bande sonore avec son commentaire. La dernière version, en collaboration avec Frédéric Rossif, a été remontée en 1952. Un document pour la télévision, auquel ont été ajoutées des nouvelles images toujours commentées par Sacha Guitry.

Quelques réflexions de Sacha Guitry :

Mesdames, messieurs, puisqu’on m’a fait l’honneur de me le demander, j’aurais mauvaise grâce à discuter la chose, mais il faut convenir que l’idée de convier le monde à l’audition d’un film est pour le moins originale, quand on songe surtout que ce film est muet.

Il est vrai que je suis moi-même un tel bavard… D’ailleurs, ainsi, la chose est complète. Après tout, un film sans paroles ? Je suis un sourd qui parle à des aveugles en leur présentant un film muet et, dans une circonstance pareille, j’estime que je n’ai même pas à vous demander votre indulgence, car c’est à votre complaisance en vérité qu’il faut que je m’adresse.

Donc, soyons complices et faites s’il vous plaît la moitié du chemin, tandis que je m’efforcerai de faire l’autre moitié. Et Dieu veuille qu’on se rencontre…

L’idée m’était venue un jour que le cinématographe pouvait être utilisé de façon à donner au public certains renseignements précieux sur des sujets qui l’intéressent et qui l’intéresseraient bien davantage encore s’il les connaissait mieux.

C’était en 1914, chacun pensait alors que le cinématographe était une invention prodigieuse, une source inépuisable de surprises et d’agréments.

On convenait déjà que, mis au service de la science, il était plus agréable que utile. Mis au service des arts, il m’apparut alors que cette lanterne magique pouvait faire merveille et j’ai eu, il y a vingt-cinq ans, la prétention de vous offrir aujourd’hui une courte série de documents exceptionnels.

Si, à cette époque, je n’avais pas eu cette prétention, certes je n’aurais jamais eu la patience de faire ce que j’ai fait.

Le cinéma vous avait montré jusqu’alors des comédies, des paysages, des animaux en liberté et des souverains qui descendent rapidement de voiture.

Cela ne manquait pas d’intérêt. Les petites comédies que l’on photographiait ainsi, en 1913, amusaient le public. On s’en moque aujourd’hui assez cruellement, et bien justement d’ailleurs.

Certains comédiens célèbres d’autrefois sont ridiculisés à vos yeux par la précipitation de leurs gestes, précipitation qu’on augmente encore par la suppression d’une image sur deux.

Plaisanterie doublement insolente : pour l’artiste d’abord, et pour celui qui fit cette admirable invention.

Le cinéma a fait depuis vingt ans tous les progrès prévus, et se moquer aujourd’hui de ses balbutiements, c’est rire d’un enfant qui fait ses premiers pas, alors qu’il conviendrait plutôt de s’en émouvoir, à mon sens.

(…)

Ne vous êtes-vous jamais écrié en pensant au cinéma : « Ah ! Si on avait inventé cela plus tôt ! ». Moi, je me le suis dit très souvent.

Je me suis dit : Quelle émotion nous aurions si, tout à coup, on nous montrait Michel-Ange sculptant son Moïse, Léonard de Vinci peignant la Joconde, Bossuet prêchant, Jean de La Fontaine écrivant une fable, Racine, Voltaire, Jean-Jacques…

Si nous pouvions voir ces visages, les regards de ces hommes, leurs gestes familiers, comme ce serait beau !

 

(…)

Or, en 1914, j’avais réuni ceux qui, dans toutes les branches de l’art, m’avaient semblé incarner le génie français. Et j’avais intitulé ce film : « Ceux de chez nous », indirecte et modeste réponse à l’odieux manifeste des intellectuels allemands.

Il y a vingt-cinq ans, j’ai montré ce film à peu de personnes. Mais, depuis vingt-cinq ans, personne ne l’a vu, et ce n’est pas sans émotion que je le présente au public, car il voit revivre un instant sous ses yeux douze admirables Français qui furent mes amis, et dont un seul sur douze est encore vivant…

Et maintenant, fermez les yeux ! …

Sacha Guitry, extrait du prologue au commentaire du film, 1939.

Pour découvrir ce film

Sur internet :

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