Et nos rêves - Petite Conversation entre amis

Un film de Claudine Bories, Patrice Chagnard

 2007  France  85 mn  DVCAM  VF

Producteur :
Les Films du Parotier (2 place Saint Michel, 75006 Paris, Tél : 01 43 25 24 47)
Distributeur :
Les Films du Parotier (2 place Saint Michel, 75006 Paris, Tél : 01 43 25 24 47)

Cinq amis se retrouvent à la campagne pour quelques jours. Chacun à sa façon, a cru à la révolution. Entre une partie de pêche et une dégustation de chablis, ils s’interrogent sur leurs rêves passés. Des images d’ailleurs viennent troubler cette partie de campagne : images d’un voyage en Russie, d’un film d’Eisenstein, d’une comédie musicale sur l’argent. À travers ces récits qui s’entrecroisent, le film questionne les liens entre la politique et le rêve, la vie et la réalité, et esquisse le portrait d’une génération qui refuse de désespérer.

Et nos rêves. Mode d’emploi. Claudine Bories et Patrice Chagnard

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, une nouvelle époque semble avoir commencé. La France aurait basculé dans une vision du monde consensuelle et pragmatique, enfin débarrassée des fantasmes stériles d’autrefois. S’obstiner à dénoncer un manque de justice et d’égalité, rêver encore de révolution, ou même d’utopie collective est devenu aberrant, vulgaire, dépassé.

Et nos rêves s’inscrit délibérément à contre courant de cette nouvelle tendance. Et nos rêves est un film de conviction et de désir. Conviction que rêver est une folie sans laquelle nous ne serions plus tout à fait humains. Conviction que l’utopie qui est par essence irréalisable, n’en est pas moins nécessaire. Désir d’un (ou plusieurs) « ailleurs ».

Pour faire ce film nous sommes partis sans scénario, quasiment sans sujet au sens habituel du terme, à la recherche d’une forme qui rendrait compte au plus près de notre désir. Nous voulions parler de choses graves : l’utopie et particulièrement l’utopie communiste, le désir d’un monde nouveau, l’Histoire avec un H. Mais nous voulions le faire de façon non idéologique et modeste, personnelle, en rapport avec ce que nous sommes devenus aujourd’hui, en rapport aussi avec l’intime de nos vies. Pour nous, cette modestie s’impose aujourd’hui aussi bien collectivement, en politique, que dans nos choix d’existence personnels. Avoir le désir et trouver la force de repartir ensemble de ces « petits riens » qui constituent la trame de nos vies - repartir de rien ou presque -, c’est de cela aussi que parle ce film. Il s’agissait d’élaborer un objet complexe, plus poétique que politique, plus cinématographique que didactique. Pour cela il fallait que notre démarche fût et restât tout au long du tournage et du montage la plus libre possible, au plus près de ce qu’est par exemple l’improvisation pour le jazz. Au fil du temps, au fil du travail, nous avons été conduits à rapprocher des matières dont le rapport qu’elles entretiennent entre elles ne saute pas forcément aux yeux : des bribes de confidences et de conversations entre amis, les images rapportées d’un voyage en Russie, les chansons d’un spectacle…

Nous avons « mouillé » dans cette aventure quelques amis proches. Nous tenons à les remercier, comme nous voulons remercier nos amis techniciens qui eux aussi, à leur façon, ont accepté de se mouiller avec nous. Sans leur participation active et pour une grande part bénévole, ce film n’existerait pas. Et nos rêves est un « premier film » - le premier film que nous avons écrit et réalisé ensemble. Cela n’est pas sans rapport avec l’esprit de liberté que nous recherchions.

La genèse. Claudine Bories

Le communisme, j’avais cessé d’y penser depuis de nombreuses années. Jusqu’à un voyage en Russie au printemps 2001. Là, tout m’est revenu, le meilleur et le pire, les émotions, les questions… J’ai mesuré à quel point j’étais encore attachée à mes anciens rêves, à ce mélange de révolte, d’exaltation, de croyance - et en même temps à quel point la vie et l’histoire m’en avaient éloignée.

À l’origine de ce film, il y a donc ce voyage et les images que nous en avons rapportées avec notre petite caméra - que ce soit Moscou et la Place Rouge, les statues de la station de métro « Revolutzia » ou les kolkhozes à l’abandon. Des images que le rêve a désertées mais que hantent encore, ici ou là, les fantômes de la révolution d’Octobre. L’idéal de mes vingt ans, les trahisons des dirigeants, les déceptions, les impasses qui ont suivi : tout ça m’est revenu.

Et avec ça, le désir d’en faire un film. Un film à plusieurs voix, où je solliciterais d’autres qui, comme moi, « y ont cru » et ne sont pas devenus pour autant cyniques ni amers. Des amis avec qui nous pourrions improviser une sorte de « jeu de la vérité » sur nous-mêmes et nos croyances d’hier et d’aujourd’hui… Un film joyeux, dans lequel il serait question de la traversée des illusions et du goût de rêver encore, malgré le temps qui a passé et la dureté du réel.

Le point de vue. Patrice Chagnard

Quant à moi, je n’ai jamais été communiste. Ce qui m’a intéressé, au-delà du sujet, c’était de trouver une manière originale de l’aborder aujourd’hui, à partir de soi-même, sans se cacher derrière les grandes figures de l’Histoire. Ce qui m’a plu, c’est le côté ludique de l’aventure, c’est la « légèreté » voulue par Claudine. Légèreté du dispositif, légèreté du ton. Devant une caméra, il ne s’agit pas seulement de parler. Il s’agit aussi de se montrer, de risquer son image, son corps, quelque chose qu’on sait et quelque chose qu’on ne sait pas. De bien des manières et à bien des niveaux, il s’agit de « jouer ». Jouer ainsi, entre amis, en confiance, cela permet de se risquer davantage, mais cela permet aussi (et c’est sûrement le plus important) une certaine distance et un peu d’humour à l’égard de soi-même, de son passé, de sa propre image…

Que reste-t-il de vivant pour chacun, de cet idéal d’un « monde meilleur » auquel il a cru ?

Et comment vivent-ils la confrontation de cet idéal de leur jeunesse avec leur réalité d’aujourd’hui ? Le véritable propos du film ne se confond pas pour moi avec le débat d’idées qui agite les personnages. Il se situe dans une autre dimension, plus complexe, plus insaisissable, plus poétique que politique.

Dans cette histoire, l’utopie communiste n’est peut-être qu’un prétexte, ou mieux une figure. « Prétexte » à une expérience de « cinéma-vérité » le temps d’une partie de campagne entre amis. « Figure », parce que cette utopie, quoique particulière, et les histoires de chacun, quoique singulières, sont emblématiques pour moi de toutes formes d’utopies et de rêves collectifs.

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