Maison et la Forêt, le second volet : Uhiri (La)

Un film de Volkmar Ziegler

 1994  France  Documentaire  58 mn  Couleur  Mode de production : Cinéma  VF

Entre décembre 1986 et août 1987, j’ai passé sept mois chez les Yanomami de Surucucus dans le cadre d’une recherche ethno-géographique du Fonds national suisse de la recherche scientifique, en collaboration avec le département d’anthropologie de l’Université de Brasilia. J’avais pour objectif de réaliser un documentaire sur l’occupation territoriale des Yanomami (où ils vont chasser, pêcher, cueillir) et leur mode de vie semi-nomade. En 1981-82, j’avais déjà connu les Yanomni de Roraima lors d’un séjour de huit mois chez les Parimitheri du rio Uraricoera.

Au cours de l’année 1987, nous sommes témoins du déploiement dans cette région du Projet Calha Norte : l’occupation par l’armée brésilienne du haut plateau de Surucucus près de la frontière avec le Venezuela. Le Projet Calha Norte a provoqué la militarisation de tout le territoire yanomami et a favorisé en outre son invasion par les garimpeiros (chercheurs d’or) en mettant à leur disposition une partie de l’infrastructure en place, notamment la piste d’atterrissage de Paapi-u. Afin d’obtenir l’accord des Yanomami pour la construction à Surucucus d’une base militaire et d’un barrage hydro-électrique, le Commandement Militaire d’Amazonie (CMA) envoie une délégation et, en contrepartie, leur promet une assistance médicale et une protection contre les garimpeiros qui sont en train de pénétrer illégalement et en grand nombre dans la forêt.

Nous avons pu assister à la rencontre au Poste de la FUNAI (Fundaçao National do indio) de Surucucus et entendre deux officiers supérieurs du CMA faire formellement ces promesses aux principaux chefs yanomamis présents. Il nous était bien entendu interdit de faire des enregistrements.

Pour les motiver davantage, le chef de Poste fait travailler les Yanomami sur les différents chantiers militaires : en échange de machettes, couteaux, sucre, riz, perles de verre, lampes de poche, hamacs, vêtements…, des hommes, des femmes et des enfants portent ou traînent, sur des distances considérables, troncs d’arbres, pierres, sacs de sable ou de ciment.

Les promesses faites aux Yanomami ne furent pas tenues : ils ont été délibérément trompés sur la portée véritable du Projet Calha Norte. Malgré la présence militaire à Surucucus, Paapi-u, Auaris et au quartier général de Boa Vista, les garimpeiros ont pu entrer librement, sans aucune entrave, dans la forêt yanomami. En quelques mois, leur nombre a atteint plus de quarante mille.

Au vu et au su de tous, ils détruisent la forêt, construisent des pistes d’atterrissage, dévient et polluent les cours d’eau, creusent des trous énormes, chassent le gibier, pillent les plantations, violent les femmes, apportent des maladies. Des actions de retrait menées par la police fédérale, spectaculaires et très médiatisées, sont aussitôt suivies de nouvelles invasions.

En août 1987, la FUNAI suspend nos autorisations de recherche, « provisoirement et pour [notre] propre sécurité ». Au même moment, l’armée procède à l’expulsion de tous les « étrangers » du territoire yanomami situé en « zone de sécurité nationale ». À cause du départ précipité de Surucucus, le gros de notre matériel est resté au poste. Sous résidence surveillée à Sao Paulo, nous sommes informés que nos bagages ont été confisqués et que des soupçons d’espionnage pèsent sur nous. En outre, des « substances suspectes » y auraient été trouvées : les granules de silicagel utilisées pour protéger l’équipement photographique de l’humidité. Ce n’est que sept mois plus tard, en février 1988 _ après l’intervention de personnalités et d’organismes brésiliens _, que nous pourrons récupérer nos affaires au siège de la police fédérale de Brasilia.

En 1991, j’ai pu retourner à Surucucus. Pendant deux mois, j’ai tout fait pour revoir les Yanomami que j’avais connus quatre ans plus tôt. Certains d’entre eux étaient décédés. Leurs témoignages figurent dans La Maison et la Forêt, film terminé en 1994.

 

Volkmar Ziegler - Paris, juin 1998

Le film dans la base

Incontournable dans la période :