Tu crois que la terre est chose morte
Un film de Florence Lazar
• 2020 • France • Documentaire • Prise de vue réelle • 70 min • Couleur • Mode de production : Cinéma • VF
• Scénario : Florence Lazar, Jean Breschand • Image : Roland Edzard, Julien Loustau • Son : Térence Meunier, Didier Andrea, Josefina Rodriguez • Montage : Julien Loustau
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Fiche créée le : 30 juillet 2026 / Dernière mise à jour : 30 juillet 2026
Un quart des terres de Martinique est gravement pollué après plusieurs décennies de recours incontrôlé à un pesticide extrêmement toxique, la chlordécone, utilisé pour traiter les bananeraies, première ressource d’exportation économique de l’île.
Ce documentaire construit un regard sur la ”crise écologique” à partir du sol Martiniquais. Dans le film, la pensée autour de l’écologie ne se limite pas à la question de la nature et aux écosystèmes détériorés. Il explore les lieux de résistance à cette crise et met en scène des femmes et des hommes qui se pensent et qui agissent sur le terrain historique de la colonialité, où la lutte écologique est intriquée à celle de l’histoire coloniale.
Extrait de la note d’intention
« Tu crois que la terre est morte déploie le contexte écologique et politique en Martinique à travers des rencontres avec des paysan·nes, un ethno-pharmacologue, une herboriste médicinale locaux. Ce contexte se caractérise avant tout par une pollution généralisée résultant de l’usage massif de la chlordécone. Pendant plus de vingt ans, ce pesticide cancérigène a été utilisé par un petit nombre de personnes descendant des premiers colons esclavagistes des Antilles, afin de préserver les plantations de bananeraies destinées à l’exportation. La pollution ainsi causée a rendu la vie de la population particulièrement précaire, et reflète ce que Malcom Ferdinand, dans Une écologie décoloniale, appelle un habiter colonial : “Plus qu’une contrainte par un effet de marché, la domination écologique désigne ici une imposition pure et simple d’une vie toxique.”
Les différents personnages du film explorent des approches alternatives pour contrer cette destruction environnementale à partir de pratiques et transmissions de savoirs ancestraux. Ainsi, aussi le regard sur la nature vacille ; elle apparaît tantôt comme domestiquée et exploitée à grande échelle, tantôt contaminée par des substances toxiques invisibles, tantôt comme une alliée dans la lutte pour la survie.»
La recommandation programmation d’Autour du 1er mai
« Un quart des terres de Martinique est gravement pollué après plusieurs décennies de recours incontrôlé à de multiples pesticides, dont un pesticide extrêmement toxique, le chlordécone, utilisé pour traiter les bananeraies, première ressource d’exportation économique de l’île. Le chlordécone est «un perturbateur endocrinien», il est classé «cancérogène potentiel» par l’OMS depuis 1979 (avec le risque 20 % plus élevé de développer le cancer de la prostate).
Florence Lazar parcourt l’île autour de la nature et des écosystèmes détériorés. Elle explore les lieux de résistance qui se sont développés depuis les années 80 et met en scène la lutte écologique intriquée à celle de l’histoire coloniale. Le film revient sur l’histoire de l’appropriation des terres et de l’extension de la monoculture et sur les approches alternatives pour contrer cette destruction environnementale : actions de dépollution des sols, retour aux maraîchages et à l’agriculture vivrière, création d’îlots de survie à partir de pratiques et transmissions de savoirs ancestraux.
La mobilisation des citoyens et des associations, soutenue par certains élus, pour faire reconnaître le préjudice et obtenir réparation est constante depuis plus de 20 ans. Si le législateur a reconnu la responsabilité de l’État dans ce scandale sanitaire du chlordécone, celui-ci a contesté devant la justice administrative avoir commis une faute…[>(1)] La loi du 3 juin 2026 adoptée au Parlement a réduit la responsabilité de l’État à sa « part de responsabilité » (Sénat), et l’introduction souhaitée de la notion de « préjudice d’anxiété » a été refusée par le gouvernement. La dépollution des terres reste un « objectif », mais le texte ne prévoit rien de nouveau concernant l’indemnisation des victimes.»
1 Harry Jawad DURIMEL, avocat et maire de Pointe-à-Pitre en 2023, explique : « … si nous n’avons pas encore gagné la bataille pour que justice soit rendue aux peuples guadeloupéens et martiniquais, nous pouvons dire que nous avons gagné la bataille de la vérité. Nous connaissons maintenant : les nombreux intervenants impliqués dans l’univers des bananeraies (sociétés et groupements de bananiers, producteurs, importateurs, distributeurs, utilisateurs et lobbyistes du chlordécone) ; leurs relais dans la haute administration d’Etat et en coulisses ; leurs soutiens politiques, proactifs dans la prorogation des dérogations ; les manœuvres opérées pour obtenir les dérogations, après l’interdiction à deux reprises du chlordécone en 1969 et 1990 (H. Nallet), puis des sur-dérogations en 1992-1993 (L. Mermaz et J.-P. Soisson) ; et contourner l’interdiction de sa production et de sa mise sur le marché ». »
Pour découvrir ce film
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Rencontres cinéma et société (Tulle)
Pour aller plus loin
Chlordécone: un appel à la mobilisation politique et citoyenne, sur le site de la Ligue des droits de l’Homme