La note d’intention

par le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir

Cette généreuse carte blanche offerte au Centre audiovisuel Simone de Beauvoir donne l’occasion de découvrir, voir et/ou revoir des portraits d’artistes, des documentaires féministes, des fictions aux héroïnes qui s’expriment, se battent, sont solidaires, aiment, des films d’animation et expérimentaux... Nous proposons de donner à voir des images qui vont à l’encontre des stéréotypes et de la sous-représentation des femmes et des LGBT+ au cinéma. Des films d’auteur.e.s où les femmes et les LGBT+ ne sont pas les faire valoir des héros masculins traditionnels.
C’est aussi l’occasion d’apprécier des œuvres rares ou inédites, de débattre des rôles genrés, de faire un point sur la situation depuis #Metoo, d’inciter à retourner vers quelques films classiques « féministes » qui déjouent le regard masculin, de faire parler nos imaginaires, et pourquoi pas d’inspirer de nouveaux films où l’on se jouerait du genre.

Donnons une place à la création cinématographique singulière de réalisatrices et de réalisateurs du Bangladesh au Brésil, de la Suisse au Kenya, de la Macédoine au Pérou, des États-Unis à l’Argentine, de l’Afrique du sud à la France. Dans ces films, des cinéastes prennent à bras le corps les questions d’agroécologie, des droits des travailleuses, de l’engagement politique, des LGBT phobies, de la religion, du génocide, de la maternité, de la misogynie au cinéma, de l’amour… Fiction ou documentaire, courts ou longs, leurs films nous interrogent, nous séduisent, nous bousculent…

Avec quelques incursions au début du cinéma avec Alice Guy, puis dans les années 50 avec Yannick Bellon et les années 70 avec Delphine Seyrig et Marceline Loridan, le programme reflète notamment la diversité des films de réalisatrices des années 2014 à 2020, leur expérience du cinéma, leur perception du monde et leurs différences. Loin de se référer à une vision d’un point de vue blanc et androcentré, loin des stéréotypes féminins, les réalisatrices se réapproprient le langage cinématographique et vont voir du côté des insoumuses. La complexité des personnages féminins et/ou masculins, le choix de sujets peu traités au cinéma dessinent le nouveau territoire de ces créatrices qui s’opposent par leurs œuvres, par leurs films, à la réduction des femmes au statut d’objet regardé, convoité, exploité. Leurs personnages sont des sujets avec leur propres désirs, leurs âges différents, leur singularité, dans des films de cinéma à part entière.

« La vraie censure dans le cinéma français, c’est l’invisibilisation. Où sont les gens racisés dans le cinéma ? Les réalisateurs racisés ? Il y a des exceptions, comme Ladj Ly, dont le film rencontre un immense succès, ou Mati Diop, mais ça n’illustre pas du tout la réalité du milieu du cinéma. Cela reste minoritaire. Pour l’instant, on a majoritairement des récits classiques, fondés sur une vision androcentrée, blanche, hétérosexuelle. »
Adèle Haenel. New-York Times 24 février 2020

« L’idée que l’inclusif et l’égalité́ produisent de l’ennui me révolte. C’est, au contraire, l’occasion de ne pas être dans la répétition des mêmes négociations, de produire de la surprise et du spectacle. »
Céline Sciamma, la femme qui filmait les femmes. Par Zineb Dryef. Le Monde, 30 août 2019