Combalimon, de Raphaël Mathie

La fiche du film ici.

Jean Barres est paysan dans le Cantal. Il vit seul. Sans enfants, sans famille, il est hanté par le devenir de Combalimon, son « bien », la ferme de ses aïeux.. Lors d’une projection de Terres amères le précédent film de Raphaël Mathie, il exprime une demande au réalisateur : « vous pouvez passer chez moi, si vous voulez faire un film sur une ferme qui se meurt ».

L’universalité de sa peur touche Raphaël Mathie qui accepte sa demande et travaille « seul, au son et à l’image pour mieux éprouver la respiration du lieu, sonder la solitude du personnage, respecter son intimité ».

Bien que nous ayons beaucoup de réserves sur ce film qui se situe dans une veine (trop) naturaliste, nous l’avons projeté dans deux des communes rurales du réseau de diffusion du cinéma documentaire de Peuple et Culture Corrèze. Il a essentiellement déclenché un débat sur la question de la transmission dans le contexte corrézien, assez similaire à celui du film : parmi les agriculteurs, la tranche d’âge de 55 ans et plus détient 25 % de la surface agricole utile soit l’essentiel des terres libérables dans les dix ans à venir. Avec un faible taux d’installations nouvelles, car les terres libérées vont à d’autres agriculteurs pour un agrandissement (même s’il n’est pas nécessaire) de leur exploitation. La terre va à ceux qui sont déjà installés, qui sont « d’ici », qui sont « légitimes », qui continuent une production dominante, décourageant ainsi les quelques volontés d’installation et la diversité des productions et des modèles de fonctionnement.

Ainsi d’ailleurs que dans le film, puisque même si l’histoire ne le dit pas, les faits sont connus : Jean Barres, bien qu’obsédé [1] par le désir de transmettre « son bien », ne cédera pas Combalimon à une jeune femme qui a très envie de s’y installer (parce que femme ? parce que jeune ? parce qu’elle envisage un élevage de brebis alors que « depuis toujours » à Combalimon c’était les vaches ?)

Mais bien loin de se cantonner aux constats fatals et négatifs, les échanges ont permis de mettre en des modes de transmissions alternatifs lumière - fussent-ils très minoritaires - à partir de témoignages concrets de spectateurs présents : transformation d’une seule unité en deux exploitations viables avec formes de coopération, conditions de transmission qui ne tiennent pas seulement compte des intérêts de celui ou celle qui cède son exploitation mais aussi des possibilités d’acquisition de celui ou celle qui souhaite s’installer (témoignant ainsi d’une prédominance du sens de la transmission sur le gain à tout prix), accompagnement généreux et passations de savoir-faire. Toutes ces expériences venant plutôt de paysans engagés (le plus souvent à la confédération paysanne, parfois au Modef) pour lesquels convergent positions politiques et pratiques réelles et concrètes, idées et actes (plutôt rare !)

Manée Teyssandier