Hors du temps

Un film de Daniel Tromben Rojas

 2006  Allemagne  Documentaire  80 min  Couleur  Mode de production : Auto-production  VOSTF (allemand)

 Musique : Gerald Schuller  Image : Bernhard Pötscher  Son : Harald Friedl

 Participants : Katharina & August Jentsch, Josef Kienesberger,, Werner & Gertrude Fritz, Fee Frimmel.

Producteur :
Friedl (Harald) (Josefstädterstraße 29/52-54, 1080 Vienne Autriche, hf@haraldfriedl.com)
Distributeur :
Sixpackfilm (Neubaugasse 45/13, P.O.Box 197, A-1071 Vienne, Autriche, Tel. 43 1 526 09 90 0, Fax. 43 1 526 09 92, office@sixpackfilm.com)

Des petits commerces désuets de Vienne disparaissent ou s’obstinent. Ce sont les derniers temps de la reine du bouton, du droguiste, du boucher, des maroquiniers. Le pittoresque se brise vite sur les récits et les gestes qui portent les cassures de la « grande » histoire, la violence sociale, la déception, derrière le fatras des marchandises et l’obsession du rangement.

Sous prétexte de filmer une journée d’une mégalopole, Berlin, symphonie d’une grande ville exaltait le rythme trépidant des machines, la circulation accélérée des marchandises et des messages, l’automation à venir du monde. Presque 80 ans après, Aus der Zeit filme Vienne sous l’angle inverse, à travers la journée de quatre petits commerces traditionnels : une maroquinerie, une droguerie, une mercerie et une boucherie. Pour deux d’entre eux, c’est la dernière. L’exercice n’est pas formel : entre l’anticipation du monde moderne qu’est le Berlin de Ruttman et la suspension du temps qui caractérise les vieux magasins du film de Harald Friedl, nous mesurerons ce qui s’est perdu et qu’avait déjà aboli le film de Ruttman, à commencer par l’homme, qui revient ici au centre du cadre, et son inscription dans l’histoire.

Le mouvement perpétuel de la grande cité est présent, mais hors champ : il est la source de la disparition de la clientèle, du déclin de trois commerces aux meubles patinés, à la lumière tamisée. Si dehors le temps file, « ici, nous sommes dans la main du temps. » dit la maroquinière. La marche où jadis le grand-père trébuchait n’a jamais été réparée et aujourd’hui le petit-fils y trébuche encore. Ces lieux sont une mémoire vivante. Les fantômes des actions passées les habitent. Mais si une même suspension du temps caractérise la maroquinerie, la droguerie et la mercerie, la mémoire qui s’y est déposée n’est pas de la même substance : rêve d’immortalité ou d’immobilité absolue pour le maroquinier, elle est, pour le vieux droguiste, habitée par la mort, la tragédie : l’aryanisation de la boutique par les nazis, la guerre, la mort de sa femme… La « Reine du bouton » étouffe dans son royaume, symbole du ratage de sa vie, de l’échec de son mariage, de son déclassement, un cachot où elle dépérit sous les yeux de tous.

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Vidéo :

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