Journées d’études : Vhutemas (1920-1930) et pratiques pédagogiques contemporaines alternatives

27 et 28 mars 2017

Ces deux journées s’inscrivent dans le cadre du centenaire de la révolution russe à laquelle l’école consacre plusieurs volets cette année. Celles qui se dérouleront les 27 et 28 mars prochains, souhaitent aborder l’architecture, le design et l’art en prenant comme point de départ les Vhutemas, (Ateliers supérieurs d’art et de technique (1920-1930) et d’ouvrir sur les pratiques pédagogiques alternatives contemporaines.

Dans l’effervescence de la révolution d’octobre 1917, il s’agissait de penser et construire des structures d’éducation artistiques et techniques tel que capables de répondre aux besoins de l’état socialiste naissant. La création des Ateliers libres d’état remplacèrent dans un premier temps le Collège de peinture, sculpture et architecture, puis, réunis à la très académique école d’arts appliqués Stroganov (fermée en 1918), elles prirent le nom de Vhutemas ou Vkhoutemas en 1920. Ces « Ateliers supérieurs d’art et de technique » structurés en huit facultés dont celles de peinture, sculpture et architecture issues des beaux-arts, et cinq industrielles ou de production avec le travail du bois, du métal, textile, céramique et arts graphiques, verront « la lutte entre les tenants d’un art de chevalet et les partisans d’un de production au service du plus grand nombre, (qui) alimentera un large débat théorique qui se poursuivra tout au long de ces années d’intense activité créatrice. Souvent citée par les historiens du Mouvement Moderne et comparée à juste titre à celle du Bauhaus allemand, l’histoire des Vhutemas reste malgré tout, mal connue. L’enseignement qui y fut dispensé, les personnalités, la vitalité du patrimoine artistique légué par les Vhutemas, en font un des fleurons de l’histoire de l’art mondial. » [1]
 
Atelier Vhutemas en 1923

Communication

Pierre Doze
Professeur d’Histoire et théorie du Design à la HEAR (Haute école des arts du Rhin, anciennement ESAD Strasbourg) à Strasbourg et Mulhouse.
Il occupe la même fonction, placée sous le signe d’une pratique plus adéquatement renommée ‘culturisme’ à l’ECAL (Lausanne)
Il exerce sporadiquement une activité d’écriture critique, à caractère plus ou moins offensif.
Études de droit, sociologie des médias (Aix-en-Provence/ paris 2 ASSAS), langue russe (inalco), journalisme (France, Russie) pour des médias généralistes et spécialisés, presse écrite et un peu de télévision.
Ouvrages essentiellement en écho à des pratiques de design et leurs acteurs (Philippe Starck, Konstantin Grcic, Patrick Jouin, Eric Schmitt, David Dubois, Wieki Somers…) 
A vécu presque huit années à Moscou, ce qui crée des liens et les rompt, selon le cas.

L’éléphant, le lion, la russie soviétique : une très brève histoire de révolution esthétique
Portée par une volonté de changer le monde et l’homme avec lui, soutenue par une idéologie qui ne connaît aucun obstacles, un programme de formation artistique inédit / une institution d’enseignement à Moscou, les vhutemas, conduite par une équipe d’artistes et d’architectes remarquable – Tatline, Guinzburg, Lissitzky, Ladovski, Vesnine, Melnikov, Rodtchenko… – va accompagner la naissance du courant constructiviste et inaugurer l’hypothèse d’un artiste nouveau au service du premier état totalitaire moderne / intervalle de courte durée, et par conséquent lumineux, entre les massacres de la guerre civile, les famines, les épidémies et l’ordre criminel stalinien ? dans quelle mesure la qualité de victime exonère-t-elle de la complicité homicide ? Comment la puissance d’un vocabulaire plastique, tout bouleversant fut-il, peut-elle être si souvent tranquillement dégagée des motifs de son émergence ? / la proximité du sang et de l’art est sans doute caractéristiques de nombreuses révolutions : à cette échelle, et avec ces conséquences, probablement jamais auparavant / si la question de la part de violence et de mort, qui structure, accompagne ou sanctionne les propositions plastiques, est ici centrale, elle ne règle pourtant, peut-être, rien du tout.
 
Gilles Ragot
Gilles Ragot est professeur en Histoire de l’Art Contemporain à l’Université de Bordeaux Montaigne, membre de l’Équipe d’Accueil EA538 Centre Pariset.
De 1984 à 1994, au sein de l’Institut Français d’Architecture, il a été secrétaire de rédaction d’une collection d’ouvrages d’architecture, puis Conservateur des archives d’architecture du XXème siècle. De 1994 à 2013, il a été professeur en Histoire et culture architecturale à l’École nationale supérieure d’architecture et du paysage de Bordeaux.
Parallèlement à son enseignement, il publie des ouvrages sur l’architecture contemporaine et conduit des activités de recherche, des missions d’étude sur le patrimoine contemporain. Il a été de 2003 à 2016, rédacteur du dossier de candidature de l’œuvre architecturale de Le Corbusier sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a notamment publié Le Corbusier en France avec Mathilde Dion (1997), L’Architecture du XXè siècle en Poitou-Charentes (2000), Royan 50. L’invention d’une ville, avec Thierry Jeanmonod et Nicolas Nogue (2003 – Grand Prix national du livre d’architecture), Les Utopies réalisées (2009) ; Le Corbusier à Firminy-Vert. Manifeste pour un urbanisme moderne (2011) ; Genèse. Campus Talence-Pessac-Gradignan (2014).
Ses derniers ouvrages publiés en 2016 portent sur la réhabilitation de la Cité de refuge de Le Corbusier, aux éditions du Patrimoine, et sur la genèse architecturale de la station balnéaire de La Grande Motte aux éditions Somogy. Il prépare actuellement la première monographie consacrée à l’architecte Jean Balladur (à paraître en 2017).

Les avant-gardes architecturales soviétiques 1917-1932. Contribution majeure à la révolution politique ou à la révolution de l’architecture ?
La révolution d’octobre libère des avant-gardes longtemps contenues en Russie. Elle s’ouvre sur un printemps foisonnant, passionné et conflictuel, des avant-gardes qui dure jusqu’au début des années trente, la dissolution de toutes les associations d’architectes – l’OSA, l’ASNOVA – comme des Vhutemas, au profit d’une approche monumentale, classique et éclectique, supposée mieux représenter les aspirations du peuple soviétique. Pendant quinze ans, les Constructivistes et ceux qualifiés de « formalistes » s’affrontent sur le rôle de l’architecture au sein de la nouvelle société bolchévique. Pour les Constructivistes, « le rôle social de l’architecture est essentiellement d’être un instrument de la construction socialiste », alors que pour les « formalistes », il s’agissait d’avantage d’élaborer un langage universel destiné à exprimer les thèses essentiels qui devaient émerger des positions progressistes de la révolution. Cette élite artistique et intellectuelle plurielle, déconnectée de la culture populaire dominante et de ses nouveaux dirigeants, eut une production théorique et dessinée exceptionnelle, mais dont les formes s’inscrivent plus globalement dans des recherches esthétiques, techniques et spatiales communes aux avant-gardes européennes du moment. Paradoxalement, dans un contexte politique et social qui semblait plus favorable qu’à celui que l’on connaît alors en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique ou en France, cette richesse créatrice resta pour l’essentiel sur le papier.
La communication restituera le contexte et les enjeux des débats, et des propositions des avant-gardes russes, et s’attachera à les replacer dans le contexte européen de l’émergence d’une nouvelle architecture, celle improprement appelée Mouvement moderne.
 
Odile Decq
« Pour une femme née dans les années cinquante, choisir d’être architecte est sans doute le premier hold-up d’Odile Decq sur sa destinée. Assumer son agence dès l’obtention de son diplôme en 1978 à la Villette, tout en poursuivant ses études à l’Institut d’Études Politiques de Paris où elle obtiendra son D.E.S.S. d’urbanisme en 1979, est le second.
La reconnaissance internationale arrive très tôt, dès 1990, à l’occasion de sa première grande commande : la Banque Populaire de l ’Ouest à Rennes . Les très nombreux prix et publications qui accompagnent la construction de ce bâtiment soulignent la naissance d’un nouvel espoir qui met à mal les conventions poussiéreuses. Dès lors, l’agence est envisagée comme un instrument de futur, les projets, comme des générateurs de désirs. En mettant en question la commande, l’usage, la matière, le corps, la technique, le goût, l’architecture inventée propose un regard paradoxal, à la fois tendre et sévère sur notre monde. Ainsi seront réalisés successivement le viaduc autoroutier de Nanterre, l’UFR de Sciences Eco et la bibliothèque de droit de l’Université de Nantes. Cette production atypique sera récompensée par un Lion d’Or à Venise en 1996.
Dans les années 2000, Odile Decq reste fidèle à sa position de résistante, tout en diversifiant et radicalisant sa recherche. Dans l’obsession du détail de conception, la quête in fine de la disparition de la technicité au profit de l’émotion, elle aime intégrer au processus de création le dialogue avec les techniciens. Elle apprécie de se confronter à leur savoir précieux et de comprendre, dans le souci de l’exigence, les mécanismes de production. En remettant quelquefois en cause une ligne, une matière, un assemblage, en expliquant la plus-value, économique ou sensuelle de ces mutations, chacun trouve sa place, se sent aspiré par l’œuvre. Le travail n’est plus mécanique. L’intérêt, la difficulté deviennent source de plaisir. Chaque projet, comme le Musée d’Art Contemporain de la Ville de Rome, se propose d’être des explosions jubilatoires pour les sens. L’Information Center à Shanghai, est une intrigante fleur qui déploie la puissance de l’hypertension et distille le parfum suspendu du suspens. Le restaurant de l’Opéra Garnier glisse un spectre contemporain dans un monument historique. Quant à sa dernière victoire, le FRAC Bretagne à Rennes inauguré en 2012, dans sa promesse d’oxygène neuf, elle carapace le cœur du flux, accrochant ses veines pulsatives aux limites brouillées du ciel, de la terre et de la mer.
Mais ne voir Odile Decq que par la production de l’agence c’est manquer la part éclairante du travail. L’œuvre est bien plus qu’un style une écriture, une attitude ou un processus de production, c’est un univers. L’univers possible d’une altérité pacifiée à accrocher au fil de l’horizon. Un univers qui ne se limite pas aux réalisations architecturales, mais tend vers le design et l’art contemporain. ».
Lionel Lemire, architecte, auteur de Odile Decq : monographie poétique, éditions Architecture Journalism, 2007.

Repenser les formes d’enseignement : l’École d’architecture Confluence créée par l’architecte Odile Decq à Lyon
Odile Decq a repenser totalement l’enseignement de l’architecture en créant l’école d’architecture Confluence, qui a ouvert ses portes en 2015 sur le site de la Zac 2 de Confluence à Lyon.
« Confluence institut for innovation and creative strategies in architecture », souhaite « dépasser l’enseignement professionnel et spécialiste tel qu’il est conduit aujourd’hui. L’architecture est une discipline qui ouvre sur le monde, c’est un regard sur le monde et une capacité d’agir dans le monde. L’architecture a aujourd’hui besoin d’une ambition plus humaniste ». [2]
« Fondée de manière pionnière et radicale sur la recherche, l’expérimentation et la transversalité, la Confluence propose de construire un regard inédit sur l’architecture au carrefour des disciplines, de croiser les visions prospective et expérimentale, de créer l’appétit pour l’engagement et la prise de risque, de générer des alternatives non prévisibles, de challenger l’uniformisation des productions et des standards imposés, de questionner et dépasser les limites implicites de l’architecture pour créer des opportunités inimaginables »2. [3]
En savoir plus sur le travail d’Odile Decq
 
Sylvie Dreyfus-Alphandéry
Sylvie Dreyfus-Alphandéry développe à la Bibliothèque nationale de France des projets envers des publics qui n’auraient jamais pensé que cette bibliothèque patrimoniale, qui existe depuis avant l’invention de l’imprimerie, leur ouvre ses portes. Grâce aux collections de livres d’art, en organisant des projections collectives de films dont les thèmes sont choisis de concert avec les publics concernés, en proposant des ateliers sur des thèmes de société, elle fait devenir les publics acteurs et agissants.

Sylvie Dreyfus-Alphandéry présentera quelques projets développés à Grigny, qui est l’une des villes les plus touchées par la pauvreté en Ile de France :

  • les Musées en voyage, projet développé à la Cité de la Grande Borne de Grigny, avec l’association d’habitants Décider, en partenariat avec Le Louvre, le Musée Guimet, l’IMA …
  • les Fabricoleurs, projet mené en commun avec la Mission locale de Grigny, le théâtre de l’ Agora d’ Evry, scène nationale et le Collectif BAM , collectif de jeunes designers que viendra présenter également Valentin Martineau, membre de ce collectif.

En savoir plus sur le travail de Sylvie Dreyfus-Alphandéry
 
Valentin Martineau, Collectif BAM
Diplômé d’un Master – Stratégie du design, Valentin est responsable “bricole” du Collectif Bam. Touche à tout, il associe collaboration et fabrication. Sorti de l’Orange Labs de Grenoble en 2014, il étudie aujourd’hui les mutations du design liées au numérique et puise sa réflexion dans le “Low-tech”. Il est également investi dans les projets : Wild Human Life et Biceps Cultivatus. Il cherche a créer de la synergie autour de la notion “d’autonomisation”. »Les fabricoleurs » est un projet qui témoigne de cette démarche.
COLLECTIF BAM : Le Collectif Bam est un groupe de designers engagés sur les pratiques numériques et collaboratives. Nous concevons des produits, des services, des espaces innovants pour et avec des acteurs publics ou privés.
En savoir plus sur le Collectif BAM
 

Programme

Lundi 27 mars

  • 10h30 : accueil des invités, et présentation de la journée
  • 10h45 : Pierre Doze, critique, enseignant à la HEAR Strasbourg (ex ESAD) 
  • 12H00 : échanges avec les étudiants
  • 14h00 : Gilles Ragot, professeur en Histoire de l’Art Contemporain à l’Université de Bordeaux Montaigne, membre de l’Equipe d’Accueil EA538 Centre Pariset
  • 15h00 : échanges avec les étudiants
  • 15h30 : échanges intervenants de la journée avec les étudiants

Mardi 28 mars

  • 10h30 : Accueil et présentation de la journée
  • 10h45 : Odile Decq, architecte
  • 12h00 : échanges avec les étudiants
  • 14h00 : Sylvie Dreyfus Alphandery, direction des collections chargée de mission pour la diversification des publics
  • 15h00 : Collectif BAM, Valentin Martineau, designer
  • 16h00 : échanges intervenants de la journée avec les étudiants
  • 17h00 : fin des journées 

Amphithéâtre Jean-Jacques Prolongeau
Entrée libre et gratuite

Direction des journées d’étude : Indiana Collet-Barquero, histoire du design, enseignante à l’ENSA